27 mai 2026
Le réseau routier québécois est dans un état encore plus préoccupant que ne le laisse croire le gouvernement.
Le déficit d’entretien atteint désormais 31 milliards $, soit 6 milliards de plus qu’il y a un an, selon des données confidentielles obtenues par notre Bureau parlementaire.
Un document explicatif a été présenté à des cadres du ministère des Transports dans les deux dernières semaines.
Pourtant, en commission parlementaire mardi, le ministre des Finances et des Infrastructures, Eric Girard, soutenait toujours que le déficit s’élevait à 24,5 milliards $. La réalité est tout autre.
« C’est le meilleur estimé », a-t-il répété, assurant qu’il s’agissait du bon chiffre. « C’est fait professionnellement. »
Pendant de longues minutes mardi, la sous-ministre aux Infrastructures a, elle aussi, affirmé qu’il s’agissait des données les plus récentes.
Information retenue au ministre
Or, ces chiffres reposaient sur des données de 2024.
Selon le document obtenu par notre Bureau parlementaire, pas moins de 6 milliards $ se sont ajoutés en 2025.
La facture atteint maintenant 31 G$ pour remettre en état les chaussées, ponceaux et structures du réseau du Ministère, ainsi que les ponts municipaux.
Selon nos informations, ces nouvelles données devaient être rendues publiques seulement à l’automne prochain, après les élections générales.
Habituellement, elles sont pourtant publiées durant l’été, mais le gouvernement aurait choisi de reporter leur diffusion à la fin de l’automne cette année, selon nos sources, documents à l’appui.
Le bilan des actifs routiers 2025 montre notamment une nette dégradation de l’état des chaussées : à elles seules, elles passent d’un déficit de 13,4 G$ à 18,9 G$.
Outre le « vieillissement naturel », le rapport pointe principalement les « investissements insuffisants pour réaliser la quantité minimale de travaux requis afin de maintenir l’état du réseau ».
Les coûts de réfection explosent également depuis 2018.
La facture de réalisation d’un kilomètre d’asphalte a bondi de 64 %, et « les investissements en conservation des chaussées n’ont pas suivi cette hausse », peut-on lire dans le bilan.
D’autres priorités
Malgré les sommes investies, le déficit d’entretien a presque triplé depuis l’élection de la CAQ.
Le ministre responsable des Infrastructures a indiqué hier que le gouvernement a choisi de prioriser d’autres secteurs, notamment la santé et l’éducation.
« On n’arrive pas actuellement, compte tenu de notre capacité de payer et des priorités, à résorber le déficit de maintien d’actif en transports », a dit Eric Girard, admettant la détérioration du réseau routier.
« Pourquoi ? Parce qu’on a choisi de résorber en santé, en éducation et en enseignement supérieur. »
Le président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement, Marc-André Martin, affirme que le gouvernement a échappé le réseau routier.
« Il est plus que temps d’en faire une priorité nationale. Ce que les ingénieurs voient sur le terrain, ce n’est pas ce que le ministre Girard dit en commission parlementaire », a-t-il déclaré, joint au téléphone.
Source: Journal de Montréal
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