L’usine Terrapure a contaminé au plomb le fleuve et le sang de travailleurs
Posté : 20 janvier 2026, 22:56
20 janvier 2026
Dans l’usine de Terrapure, à Sainte-Catherine, sur la Rive-Sud de Montréal, la contamination au plomb a dépassé les normes des centaines de fois ces dernières années.
La majorité des 140 employés et des sous-traitants ont ainsi été exposés à des risques de toxicité grave, révèle un rapport de la santé publique de la Montérégie, obtenu par Radio-Canada.
L'usine a fait les manchettes, récemment.
Le Journal de Montréal rapportait que le gouvernement fédéral la poursuit en justice pour avoir contaminé le fleuve Saint-Laurent avec des rejets de plomb et de sulfure très au-delà des normes, entre 2020 et 2023.
Mais l'entreprise n'a pas mis en danger que les poissons. Elle a aussi mis à risque ses travailleurs, révèlent des documents obtenus grâce à une demande d'accès à l'information auprès de la santé publique de la Montérégie et de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).
On y apprend que de 2013 à 2022, il y a eu 1881 cas d'exposition professionnelle au plomb au-delà des seuils de maladie à déclaration obligatoire (MADO) dans l'usine de Sainte-Catherine. C'est 34 % de tous les cas survenus au Québec durant la même période.
La compagnie Terrapure assure que la situation s'est améliorée et qu'elle a investi continuellement dans cet objectif.
La majorité des travailleurs surexposés au plomb
Le rapport de la santé publique daté de 2024 dresse un bilan « préoccupant » de la surveillance médicale des travailleurs.
Entre 2013 et 2022, la vaste majorité des 140 employés et des sous-traitants de l'usine dépassaient le seuil de MADO pour l'exposition au plomb, fixé à 0,5 micromole (µmol) par litre (L).
On lit dans le rapport que dans les dix dernières années, en raison d’une forte exposition au plomb, neuf travailleurs réguliers et 45 sous-traitants ont été retirés ou réaffectés.
Des symptômes de brûlures d’estomac, de douleurs abdominales, d’insomnie, de maux de tête, de fatigue, d'irritabilité et de diminution de l’appétit ont été rapportés.
En 2022, la santé publique de la Montérégie a recensé un niveau de plombémie jusqu'à de 2,20 µmol/L chez un employé de l'usine, soit près de cinq fois le seuil sécuritaire. Un sous-traitant affichait même 3,65 µmol/L, soit sept fois le seuil de MADO.
Radio-Canada a montré ces résultats à la professeure de santé environnementale de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) Maryse Bouchard. Elle a été surprise de voir le nombre de travailleurs qui semblaient exposés à des niveaux au-delà de ce qui est considéré sécuritaire.
Maryse Bouchard est aussi surprise de voir que le phénomène a duré au moins dix ans.
Chez un adulte, en général, on peut commencer à voir des effets sur la santé au-delà d’un niveau de plombémie de 0,48. Parmi ces impacts, il y a l'augmentation des risques de décès, la baisse de la densité osseuse et l’augmentation des risques d’avortement spontané.
De nouvelles données encore secrètes
La santé publique de la Montérégie continue ses suivis médicaux des travailleurs de l’usine et dispose de données plus récentes sur leur exposition. Elle n'a toutefois pas consenti à nous les partager, car la phase de validation des données est toujours en cours et parce qu’elle considère ces informations comme confidentielles.
Dans un courriel à Radio-Canada, elle précise qu'encore aujourd'hui, pour les travailleurs de l’entreprise, [...] l’exposition au plomb représente pour nous une préoccupation.
Nous avons échangé avec des employés et d’ex-employés qui nous ont partagé leurs inquiétudes. Ils ont néanmoins signé des engagements de confidentialité qui les empêchent de s’exprimer sur la place publique.
Personne au syndicat n'était disponible pour nous accorder une entrevue.
La CNESST a constaté des manquements dans la protection des travailleurs
Le rapport de la santé publique de 2024 a incité la CNESST à inspecter l'usine de Terrapure, quelques semaines plus tard. L'organisme a remarqué que des travailleurs revenant des zones contaminées au plomb accédaient aux zones dites propres, alors que des travailleurs sans équipement de protection y [étaient] présents.
Des lacunes dans le nettoyage ont aussi été identifiées, et des avis de correction ont été émis.
Une inspection de la CNESST en 2023 avait aussi identifié des risques de contamination au plomb, alors que le retrait des équipements de protection individuels n'[était] pas effectué de manière à réduire l'exposition.
Par ailleurs, la CNESST notait que l'employeur n'inform[ait] pas adéquatement les travailleurs sur les risques liés à leur travail et ne leur assur[ait] pas la formation, l'entraînement et la supervision appropriés.
Les corrections ont été apportées depuis, selon un rapport de suivi de l’inspecteur.
L'entreprise assure investir pour améliorer la situation
De son côté, le directeur général de Terrapure Montréal, Denis Beaulieu, affirme par courriel avoir investi environ 1,5 million de dollars dans des initiatives d’amélioration de l’environnement de travail depuis janvier 2024. Il soutient aussi réinvestir « continuellement » pour assurer la santé et la sécurité.
Denis Beaulieu affirme aussi que des rencontres ont régulièrement lieu entre la haute direction de l’entreprise, le représentant syndical en santé et sécurité et la CNESST.
Pas de risque pour les populations environnantes
La Ville de Sainte-Catherine soutient, par courriel, ne jamais avoir été informée du rapport de la santé publique de la Montérégie de 2024.
Selon la santé publique, il n'y a pas de risque établi pour la population environnante, car les émissions mesurées pour plusieurs contaminants respectent les normes en vigueur au Québec établies pour protéger la santé de la population.
À Québec, le ministère de l’Environnement souligne avoir constaté divers manquements depuis 2021 en lien aux eaux usées et à la gestion des matières dangereuses résiduelles de Terrapure. L’entreprise a été visée par trois avis de non-conformité et deux sanctions administratives pécuniaires.
Des inspections et vérifications de suivi ont permis de constater que les manquements ont été corrigés, écrit le ministère.
Source: MSN / Radio-Canada
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Dans l’usine de Terrapure, à Sainte-Catherine, sur la Rive-Sud de Montréal, la contamination au plomb a dépassé les normes des centaines de fois ces dernières années.
La majorité des 140 employés et des sous-traitants ont ainsi été exposés à des risques de toxicité grave, révèle un rapport de la santé publique de la Montérégie, obtenu par Radio-Canada.
L'usine a fait les manchettes, récemment.
Le Journal de Montréal rapportait que le gouvernement fédéral la poursuit en justice pour avoir contaminé le fleuve Saint-Laurent avec des rejets de plomb et de sulfure très au-delà des normes, entre 2020 et 2023.
Mais l'entreprise n'a pas mis en danger que les poissons. Elle a aussi mis à risque ses travailleurs, révèlent des documents obtenus grâce à une demande d'accès à l'information auprès de la santé publique de la Montérégie et de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).
On y apprend que de 2013 à 2022, il y a eu 1881 cas d'exposition professionnelle au plomb au-delà des seuils de maladie à déclaration obligatoire (MADO) dans l'usine de Sainte-Catherine. C'est 34 % de tous les cas survenus au Québec durant la même période.
La compagnie Terrapure assure que la situation s'est améliorée et qu'elle a investi continuellement dans cet objectif.
La majorité des travailleurs surexposés au plomb
Le rapport de la santé publique daté de 2024 dresse un bilan « préoccupant » de la surveillance médicale des travailleurs.
Entre 2013 et 2022, la vaste majorité des 140 employés et des sous-traitants de l'usine dépassaient le seuil de MADO pour l'exposition au plomb, fixé à 0,5 micromole (µmol) par litre (L).
On lit dans le rapport que dans les dix dernières années, en raison d’une forte exposition au plomb, neuf travailleurs réguliers et 45 sous-traitants ont été retirés ou réaffectés.
Des symptômes de brûlures d’estomac, de douleurs abdominales, d’insomnie, de maux de tête, de fatigue, d'irritabilité et de diminution de l’appétit ont été rapportés.
En 2022, la santé publique de la Montérégie a recensé un niveau de plombémie jusqu'à de 2,20 µmol/L chez un employé de l'usine, soit près de cinq fois le seuil sécuritaire. Un sous-traitant affichait même 3,65 µmol/L, soit sept fois le seuil de MADO.
Radio-Canada a montré ces résultats à la professeure de santé environnementale de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) Maryse Bouchard. Elle a été surprise de voir le nombre de travailleurs qui semblaient exposés à des niveaux au-delà de ce qui est considéré sécuritaire.
Maryse Bouchard est aussi surprise de voir que le phénomène a duré au moins dix ans.
Chez un adulte, en général, on peut commencer à voir des effets sur la santé au-delà d’un niveau de plombémie de 0,48. Parmi ces impacts, il y a l'augmentation des risques de décès, la baisse de la densité osseuse et l’augmentation des risques d’avortement spontané.
De nouvelles données encore secrètes
La santé publique de la Montérégie continue ses suivis médicaux des travailleurs de l’usine et dispose de données plus récentes sur leur exposition. Elle n'a toutefois pas consenti à nous les partager, car la phase de validation des données est toujours en cours et parce qu’elle considère ces informations comme confidentielles.
Dans un courriel à Radio-Canada, elle précise qu'encore aujourd'hui, pour les travailleurs de l’entreprise, [...] l’exposition au plomb représente pour nous une préoccupation.
Nous avons échangé avec des employés et d’ex-employés qui nous ont partagé leurs inquiétudes. Ils ont néanmoins signé des engagements de confidentialité qui les empêchent de s’exprimer sur la place publique.
Personne au syndicat n'était disponible pour nous accorder une entrevue.
La CNESST a constaté des manquements dans la protection des travailleurs
Le rapport de la santé publique de 2024 a incité la CNESST à inspecter l'usine de Terrapure, quelques semaines plus tard. L'organisme a remarqué que des travailleurs revenant des zones contaminées au plomb accédaient aux zones dites propres, alors que des travailleurs sans équipement de protection y [étaient] présents.
Des lacunes dans le nettoyage ont aussi été identifiées, et des avis de correction ont été émis.
Une inspection de la CNESST en 2023 avait aussi identifié des risques de contamination au plomb, alors que le retrait des équipements de protection individuels n'[était] pas effectué de manière à réduire l'exposition.
Par ailleurs, la CNESST notait que l'employeur n'inform[ait] pas adéquatement les travailleurs sur les risques liés à leur travail et ne leur assur[ait] pas la formation, l'entraînement et la supervision appropriés.
Les corrections ont été apportées depuis, selon un rapport de suivi de l’inspecteur.
L'entreprise assure investir pour améliorer la situation
De son côté, le directeur général de Terrapure Montréal, Denis Beaulieu, affirme par courriel avoir investi environ 1,5 million de dollars dans des initiatives d’amélioration de l’environnement de travail depuis janvier 2024. Il soutient aussi réinvestir « continuellement » pour assurer la santé et la sécurité.
Denis Beaulieu affirme aussi que des rencontres ont régulièrement lieu entre la haute direction de l’entreprise, le représentant syndical en santé et sécurité et la CNESST.
Pas de risque pour les populations environnantes
La Ville de Sainte-Catherine soutient, par courriel, ne jamais avoir été informée du rapport de la santé publique de la Montérégie de 2024.
Selon la santé publique, il n'y a pas de risque établi pour la population environnante, car les émissions mesurées pour plusieurs contaminants respectent les normes en vigueur au Québec établies pour protéger la santé de la population.
À Québec, le ministère de l’Environnement souligne avoir constaté divers manquements depuis 2021 en lien aux eaux usées et à la gestion des matières dangereuses résiduelles de Terrapure. L’entreprise a été visée par trois avis de non-conformité et deux sanctions administratives pécuniaires.
Des inspections et vérifications de suivi ont permis de constater que les manquements ont été corrigés, écrit le ministère.
Source: MSN / Radio-Canada
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