Porno juvénile: retour en classe controversé d’un prof de l’Université Laval
Posté : 06 septembre 2024, 10:18
6 septembre 2024
Après avoir purgé une peine de 12 mois pour des crimes sexuels, le retour de François Mathieu-Potvin au département de génie mécanique choque ses étudiants
Des étudiants de l’Université Laval se disent extrêmement mal à l’aise avec le retour en classe d’un professeur de génie mécanique qui a purgé l’an dernier une peine de détention pour des infractions de pornographie juvénile.
François Mathieu-Potvin avait été condamné en février 2023 à 12 mois de détention pour diverses infractions à caractère sexuel. (Voyez l’encadré)
L’individu de 40 ans avait plaidé coupable d’avoir eu en sa possession une soixantaine de fichiers sexuellement explicite impliquant des fillettes de 5 à 12 ans. «Sur [des fichiers], ce sont des jeunes filles de moins de 10 ans qui se font agresser par des adultes», avait expliqué à ce moment la procureure au dossier, Me Laura Plamondon-Dufour.
Il avait été dénoncé par deux escortes à qui il avait verbalisé des fantasmes pédophiles, en plus de se masturber devant l’une d’elles «en regardant des enfants».
«Obligés de le côtoyer»
Voilà qu’après avoir purgé sa peine, le professeur est de retour en classe pour enseigner à des étudiants de premier cycle.
Et ce retour provoque plusieurs malaises à l’interne.
Le père d’un étudiant a notamment contacté le Journal pour dénoncer une situation qu’il qualifie «d’inacceptable». «L’Université ne devrait pas obliger des étudiants à [le] côtoyer», insiste ce parent.
Un étudiant évoque quant à lui un climat «qui n’est pas du tout propice à l’apprentissage».
«Ça veut dire que la direction s’est posé la question et que quelqu’un a trouvé que c’était une bonne idée de le renvoyer devant une classe. [...] Mais moi, ça ne me tente pas d’aller le rencontrer, de lui poser des questions, de parler de science avec lui.», déplore le jeune homme qui a un cours avec Mathieu-Potvin.
«Je crois entièrement à la réhabilitation sociale, mais prof d’université, c’est un poste prestigieux, haut placé et la réintégration d’un professeur qui a posé ces gestes-là, c’est extrême, ça va trop loin», ajoute l’étudiant.
Dans la page Facebook «Spotted: Université Laval», une jeune femme a publié mercredi un message où elle fait état d’un «gros malaise», soulevant même la possibilité d’abandonner le cours en question à cause de la présence du professeur.
«Plus jeune, j’ai vécu des agressions sexuelles. En sachant qu’il a contribué à cette industrie, je ne me sens pas bien de l’écouter parler et faire comme si de rien n’était.»
Dossier confidentiel
La direction de l’Université Laval confirme que François Mathieu-Potvin exerce toujours ses fonctions professorales, mais ne peut commenter le dossier personnel de ce dernier pour des raisons de confidentialité.
En février 2023, l’établissement avait toutefois indiqué au Journal être tenu «de respecter ses responsabilités contractuelles et légales».
L’Université se dit «sensible aux inquiétudes des étudiants qui suivent des cours avec ce professeur», les invitant à consulter le Centre d’aide aux étudiants ou le Bureau du respect de la personne en cas de questionnements. L’association étudiante, la CADEUL invite d’ailleurs la direction à être «proactive et conciliante», affirmant évaluer à l’interne «des solutions pour favoriser le meilleur environnement d’apprentissage».
François Mathieu-Potvin n’a pas répondu à la demande du Journal par courriel jeudi et le Département de génie mécanique a refusé de fournir un numéro de poste pour le joindre directement.
Un dilemme éthique délicat pour la direction
Droit à la réhabilitation ou droit d’étudier dans un environnement où les étudiants se sentent en confiance? Voilà le dilemme éthique dans lequel est plongée l’Université Laval dans le dossier du professeur François Mathieu-Potvin, une occasion de réflexion selon des experts.
Pour le politologue et spécialiste de la gouvernance scolaire Jean Bernatchez, la priorité de l’Université Laval dans ce dossier est claire, ce doit être l’étudiant.
«L’université a été créée pour ses étudiants, pas pour ses professeurs», insiste l’expert, pour qui le malaise vécu par certains étudiants est tout à fait justifié.
Dans un cas de figure comme celui-ci, M. Bernatchez soutient que l’établissement doit offrir tous les choix possibles aux étudiants concernés qui souhaiteraient ne pas avoir à «transiger ou interagir» avec l’employé en question. «C’est leur responsabilité.»
Occasion de réflexion
Or, François Mathieu-Potvin a purgé sa peine, rappelle le criminologue Jean-Claude Bernheim. «La peine que le droit impose est-elle une peine à perpétuité ou [est-elle] en fonction de la décision judiciaire prononcée?» se demande l’expert, qui invite les intervenants dans le dossier à se poser la question et à oser s’asseoir ensemble pour s’expliquer et réfléchir plus largement à ce débat.
«Parce que le malaise, lui, il va rester là. Le prof est mal à l’aise, les étudiants le sont, la rectrice l’est aussi, la faculté; mais tous pour des raisons différentes. On doit gérer ce malaise-là», estime M. Bernheim.
Surtout que le rapport présentenciel préparé en marge de la peine criminelle et cité dans un jugement du Conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec fait état du cheminement de François Mathieu-Potvin
«Le processus judiciaire a eu l’effet dissuasif escompté. Il s’est investi depuis deux ans dans plusieurs démarches thérapeutiques qui lui ont permis, à ce jour, un cheminement impressionnant. [...] Il s’avère un individu présentant un potentiel évident qu’il utilise à bon escient.»
Jean-Claude Bernheim croit qu’il est donc possible d’y arriver «sans pousser personne au pied du mur». Le criminologue est d’avis qu’une solution peut être trouvée sans forcer des étudiants à abandonner les cours ni en provoquant une bataille juridique avec un professeur qui a un statut protégé par une convention collective.
Source: Journal de Québec
L'affaire est largement dénoncée dans les réseaux sociaux, comme ici.
-- -- --
Après avoir purgé une peine de 12 mois pour des crimes sexuels, le retour de François Mathieu-Potvin au département de génie mécanique choque ses étudiants
Des étudiants de l’Université Laval se disent extrêmement mal à l’aise avec le retour en classe d’un professeur de génie mécanique qui a purgé l’an dernier une peine de détention pour des infractions de pornographie juvénile.
François Mathieu-Potvin avait été condamné en février 2023 à 12 mois de détention pour diverses infractions à caractère sexuel. (Voyez l’encadré)
L’individu de 40 ans avait plaidé coupable d’avoir eu en sa possession une soixantaine de fichiers sexuellement explicite impliquant des fillettes de 5 à 12 ans. «Sur [des fichiers], ce sont des jeunes filles de moins de 10 ans qui se font agresser par des adultes», avait expliqué à ce moment la procureure au dossier, Me Laura Plamondon-Dufour.
Il avait été dénoncé par deux escortes à qui il avait verbalisé des fantasmes pédophiles, en plus de se masturber devant l’une d’elles «en regardant des enfants».
«Obligés de le côtoyer»
Voilà qu’après avoir purgé sa peine, le professeur est de retour en classe pour enseigner à des étudiants de premier cycle.
Et ce retour provoque plusieurs malaises à l’interne.
Le père d’un étudiant a notamment contacté le Journal pour dénoncer une situation qu’il qualifie «d’inacceptable». «L’Université ne devrait pas obliger des étudiants à [le] côtoyer», insiste ce parent.
Un étudiant évoque quant à lui un climat «qui n’est pas du tout propice à l’apprentissage».
«Ça veut dire que la direction s’est posé la question et que quelqu’un a trouvé que c’était une bonne idée de le renvoyer devant une classe. [...] Mais moi, ça ne me tente pas d’aller le rencontrer, de lui poser des questions, de parler de science avec lui.», déplore le jeune homme qui a un cours avec Mathieu-Potvin.
«Je crois entièrement à la réhabilitation sociale, mais prof d’université, c’est un poste prestigieux, haut placé et la réintégration d’un professeur qui a posé ces gestes-là, c’est extrême, ça va trop loin», ajoute l’étudiant.
Dans la page Facebook «Spotted: Université Laval», une jeune femme a publié mercredi un message où elle fait état d’un «gros malaise», soulevant même la possibilité d’abandonner le cours en question à cause de la présence du professeur.
«Plus jeune, j’ai vécu des agressions sexuelles. En sachant qu’il a contribué à cette industrie, je ne me sens pas bien de l’écouter parler et faire comme si de rien n’était.»
Dossier confidentiel
La direction de l’Université Laval confirme que François Mathieu-Potvin exerce toujours ses fonctions professorales, mais ne peut commenter le dossier personnel de ce dernier pour des raisons de confidentialité.
En février 2023, l’établissement avait toutefois indiqué au Journal être tenu «de respecter ses responsabilités contractuelles et légales».
L’Université se dit «sensible aux inquiétudes des étudiants qui suivent des cours avec ce professeur», les invitant à consulter le Centre d’aide aux étudiants ou le Bureau du respect de la personne en cas de questionnements. L’association étudiante, la CADEUL invite d’ailleurs la direction à être «proactive et conciliante», affirmant évaluer à l’interne «des solutions pour favoriser le meilleur environnement d’apprentissage».
François Mathieu-Potvin n’a pas répondu à la demande du Journal par courriel jeudi et le Département de génie mécanique a refusé de fournir un numéro de poste pour le joindre directement.
Un dilemme éthique délicat pour la direction
Droit à la réhabilitation ou droit d’étudier dans un environnement où les étudiants se sentent en confiance? Voilà le dilemme éthique dans lequel est plongée l’Université Laval dans le dossier du professeur François Mathieu-Potvin, une occasion de réflexion selon des experts.
Pour le politologue et spécialiste de la gouvernance scolaire Jean Bernatchez, la priorité de l’Université Laval dans ce dossier est claire, ce doit être l’étudiant.
«L’université a été créée pour ses étudiants, pas pour ses professeurs», insiste l’expert, pour qui le malaise vécu par certains étudiants est tout à fait justifié.
Dans un cas de figure comme celui-ci, M. Bernatchez soutient que l’établissement doit offrir tous les choix possibles aux étudiants concernés qui souhaiteraient ne pas avoir à «transiger ou interagir» avec l’employé en question. «C’est leur responsabilité.»
Occasion de réflexion
Or, François Mathieu-Potvin a purgé sa peine, rappelle le criminologue Jean-Claude Bernheim. «La peine que le droit impose est-elle une peine à perpétuité ou [est-elle] en fonction de la décision judiciaire prononcée?» se demande l’expert, qui invite les intervenants dans le dossier à se poser la question et à oser s’asseoir ensemble pour s’expliquer et réfléchir plus largement à ce débat.
«Parce que le malaise, lui, il va rester là. Le prof est mal à l’aise, les étudiants le sont, la rectrice l’est aussi, la faculté; mais tous pour des raisons différentes. On doit gérer ce malaise-là», estime M. Bernheim.
Surtout que le rapport présentenciel préparé en marge de la peine criminelle et cité dans un jugement du Conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec fait état du cheminement de François Mathieu-Potvin
«Le processus judiciaire a eu l’effet dissuasif escompté. Il s’est investi depuis deux ans dans plusieurs démarches thérapeutiques qui lui ont permis, à ce jour, un cheminement impressionnant. [...] Il s’avère un individu présentant un potentiel évident qu’il utilise à bon escient.»
Jean-Claude Bernheim croit qu’il est donc possible d’y arriver «sans pousser personne au pied du mur». Le criminologue est d’avis qu’une solution peut être trouvée sans forcer des étudiants à abandonner les cours ni en provoquant une bataille juridique avec un professeur qui a un statut protégé par une convention collective.
Le dossier criminel de François Mathieu-Potvin
- Il a plaidé coupable à 4 chefs: possession et distribution de pornographie juvénile, obtention de services sexuels (2).
- Condamné le 2 février 2023 à 12 mois de détention, desquels étaient retranchés 48 jours de détention provisoire.
- Le tribunal lui a aussi imposé une probation de deux ans, dont 12 mois sous surveillance.
- A obtenu une libération conditionnelle le 1er août 2023.
- Libération complète au 2/3 de sa peine le 30 août 2023.
- Expiration de sa peine le 12 décembre 2023.
- Risque de récidive qualifié de faible dans le rapport présentenciel.
Source: Tribunal, Commission québécoise des libérations conditionnelles et jugement de l’Ordre des ingénieurs.
Source: Journal de Québec
L'affaire est largement dénoncée dans les réseaux sociaux, comme ici.
-- -- --