Des intervenants craignent les répercussions potentiellement majeures du projet Northvolt

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cgelinas
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3 octobre 2023


S’il décide de soustraire l’usine de Northvolt au processus d’évaluation environnementale complet prévu par la loi, le gouvernement Legault choisira d’ignorer des répercussions potentiellement majeures de ce projet, déplorent les intervenants consultés par Le Devoir.

Il se privera aussi d’une occasion de bonifier un projet industriel dans lequel l’État investira des sommes colossales.


Geneviève Brisson, professeure au Département sociétés, territoires et développement de l’Université du Québec à Rimouski

« En évitant une étude d’impact et un processus qui impliquerait un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), on se prive d’une réflexion intelligente sur les retombées à court, à moyen et à long terme, mais aussi sur les impacts de ce projet. Les gens vont être placés devant le fait accompli », redoute-t-elle.

Mme Brisson cite en exemple « l’effet boomtown » qui découlera du projet, soit une hausse marquée de la circulation automobile, l’arrivée massive de travailleurs dans la région, la nécessité d’adapter les infrastructures très rapidement et les nuisances qui découleront, notamment, de la phase de construction de l’usine.

« Ce projet aura nécessairement des effets. Un tel projet va changer les choses, notamment localement, mais aussi dans la région et pour le Québec. Ces changements vont faire des gagnants et des perdants. L’idée n’est donc pas d’être pour ou contre un projet, mais plutôt de prendre acte, en amont, des effets du projet dans le cadre d’une évaluation environnementale. Ça nous permet de trouver des solutions », explique-t-elle.

Gilles Côté, du Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke

« Ce projet soulève plusieurs questions et les préoccupations du public sont bien réelles », constate-t-il.

Dans ce contexte, il invite le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, à analyser le dossier « en tenant compte des préoccupations du public et de l’importance des enjeux soulevés », comme le prévoit la Loi sur la qualité de l’environnement. Sur cette base, il pourrait recommander au gouvernement de soumettre le projet à un processus impliquant la réalisation d’une étude d’impact qui conduirait potentiellement à des audiences du BAPE.

« Il est important de rappeler que les processus d’évaluation environnementale ne concernent pas uniquement les impacts sur l’environnement biophysique, mais également les composantes de l’environnement humain », ajoute M. Côté.

M. Côté souligne aussi que le seuil fixé pour assujettir un tel projet à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement constitue une décision « arbitraire ». Dans le cas de Northvolt, l’usine y serait assujettie si elle avait une capacité de production annuelle d’au moins 60 000 tonnes métriques.

Ce seuil était fixé à 50 000 tonnes jusqu’en juillet dernier, mais il a été modifié par le gouvernement Legault. L’usine prévoit une production annuelle de 56 000 tonnes, selon des informations rapportées par Radio-Canada.

Andréanne Brazeau, analyste des politiques climatiques chez Équiterre

« Normalement, plus un projet est gros, plus l’examen est rigoureux. Le gouvernement fait donc un traitement de faveur à Northvolt. Ce n’est pas aux entreprises de fixer les limites dans nos règlements. En matière de saine gouvernance, ça n’a aucun sens de ne pas tenir d’audiences publiques quand il y a autant d’argent public en jeu », déplore-t-elle.

« Alors que la pénurie de main-d’oeuvre afflige le Québec et que des mouvements citoyens contre l’usine se mettent déjà en place, une consultation par le BAPE permettrait d’avoir un débat public sain sur le projet. Elle pourrait donc non seulement permettre une plus grande transparence de l’entreprise et du gouvernement, mais également répondre aux préoccupations de la population », ajoute Mme Brazeau, en citant en exemple l’enjeu du logement, mais aussi de la protection des terres agricoles de la région.

Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace Canada

« Le projet de giga-usine Northvolt soulève plusieurs questionnements en matière de lutte contre les changements climatiques, affirme-t-il. À terme, Northvolt pourrait nécessiter 360 mégawatts d’électricité, l’équivalent de la consommation de 60 000 résidences, et cette électricité ne serait pas disponible pour la décarbonation des autres secteurs comme les résidences, les commerces, les industries, les transports et l’ensemble des autres secteurs. »

« Sans planification adéquate, l’octroi d’un important bloc d’électricité à Northvolt pourrait se faire au détriment de la décarbonation et de l’atteinte de la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec. L’électricité n’est pas un buffet à volonté et il faut que le gouvernement ait un plan », fait valoir M. Bonin.

« Nous ignorons aussi si Northvolt utiliserait du gaz fossile et l’ampleur des émissions de gaz à effet de serre pour l’ensemble de ses activités. Un BAPE permettrait de faire la lumière sur les enjeux climatiques et d’améliorer le projet dans l’éventualité où il obtient le feu vert du gouvernement », conclut-il.


Source: MSN / Le Devoir



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Le premier François Legault estime que l'usine de Northvolt sera «excellente pour l’environnement». -- © Christinne Muschi La Presse canadienne
Le premier François Legault estime que l'usine de Northvolt sera «excellente pour l’environnement». -- © Christinne Muschi La Presse canadienne
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Claude Gélinas, Éditeur
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