Devrait-on s’inquiéter du ralentissement économique de la Chine?

Répondre
Avatar du membre
cgelinas
Administrateur
Messages : 5924
Enregistré le : 25 mai 2010, 22:07
Localisation : Lévis, QC
Contact :

19 juin 2022


Le ralentissement économique chinois va se poursuivre en 2022, croient les experts. Pékin s’est fixé un objectif de croissance d’« environ 5,5 % », mais il semble peu réaliste.

La Banque mondiale a revu à la baisse ses prévisions et mise maintenant sur 4,3 %, tandis que les banques d’investissement prévoient une croissance encore plus faible.

La croissance de 2021, qui a atteint 8 %, était exceptionnelle», rappelle Marc-Antoine Dumont, économiste chez Desjardins. L’année dernière, les usines chinoises ont fonctionné à plein régime alors que certaines parties du monde étaient confinées et que la demande de marchandises explosait, souligne-t-il.

Le deuxième trimestre 2022 risque d’être particulièrement douloureux. Les économistes prévoient une croissance négative, conséquence de la politique sanitaire zéro COVID. Plusieurs grandes villes, dont Shanghai, ont subi de longs et très stricts confinements qui ont porté un dur coup à la consommation. Résultat : les ventes de détail ont chuté de 11 % en avril, et la production industrielle, de 3 %.

Un déclin annoncé

Le ralentissement de l’économie chinoise n’est cependant pas dû exclusivement à ce contexte particulier, mais s'inscrit plutôt dans une tendance structurelle, précisent les experts.

La Chine est une économie émergente qui tente de transiter vers une économie de consommation, comme les pays avancés, tels que le Canada et les États-Unis», précise Marc-Antoine Dumont.

[Éditeur: non, la Chine vise à dépasser l'Amérique en devenant le fournisseur de l'Occident, ce qu'elle fait déjà, dans une large mesure.]

Au cours des dernières années, la Chine a construit une quantité importante d’infrastructures, telles que des ports ou des autoroutes, ce qui a permis des gains d’efficacité pour les entreprises. Elles ont pu augmenter leurs exportations, ce qui a entraîné une croissance exceptionnelle du PIB. Toutefois, il y a un nombre limite d'autoroutes et de ports qu'on peut construire, et la Chine arrive à cette limite», souligne l’économiste.

Même avant la COVID-19, la croissance chinoise n’était plus que de 6 % par année, souligne Alicia Garcia-Herrero, chercheuse à l’institut Bruegel et économiste principale pour l’Asie Pacifique à la banque d’investissement Natixis, basée à Hong Kong. La Chine ne va plus jamais croître de 8 %; nous devons nous habituer à cette nouvelle réalité», remarque Mme Garcia-Herrero.

[Éditeur: c'est passablement mieux qu'au Canada, en termes de croissance alors pourquoi donner l'impression que la Chine en arrache? Ils ont les moyens d'encaisser des reculs ponctuels.]

Autre facteur en cause : la démographie. Le recensement de 2020 a révélé un vieillissement plus rapide que prévu, alors que le taux de natalité est au plus bas, avec 8,52 naissances pour 1000 habitants.

La population chinoise est sur le point de commencer à décroître et la population en âge de travailler décroît déjà depuis quelques années», note Philippe Aguignier, chercheur associé au programme Asie de l’Institut Montaigne et enseignant à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), à Paris.

Un autre enjeu qui entrave la croissance chinoise est le fait que l’économie est plus portée par l’investissement que par la consommation. Or, ce modèle s’essouffle, soutient M. Aguignier. Pour maintenir les taux de croissance là où on veut qu'ils soient, il faut investir de plus en plus, explique-t-il. On s'endette, ce qui introduit un élément de fragilité financière.»

Les déboires du promoteur immobilier Evergrande, l'année dernière, ont bien illustré cette instabilité.

Il y a des éléments négatifs assez défavorables qui pèsent sur la croissance économique chinoise depuis pas mal de temps, note M. Aguignier. Ajoutez à cela les éléments conjoncturels, dont la gestion très particulière qu'a la Chine de la COVID-19, la guerre en Ukraine, le ralentissement des économies européennes et le renchérissement des matières premières... La barque est quand même assez chargée.»

« Un effet d'éteignoir »

Au cours des dernières décennies, l’essor de l'économie chinoise a été le moteur de la croissance mondiale. Sa décélération aura clairement un effet d'éteignoir», soutient M. Aguignier.

Le ralentissement se traduira notamment par une baisse de la demande en matières premières. Les experts s'attendent donc à voir leur prix diminuer.

C'est une normalisation du prix, pas une baisse qui serait douloureuse», souligne Marc-Antoine Dumont.

En ce qui concerne les exportations de marchandises, un ralentissement de la production chinoise aggravera les problèmes des chaînes d'approvisionnement qu'on connaît déjà. Cela pourrait entraîner des délais accrus pour les livraisons et une hausse des prix, ce qui contribuerait ainsi à l’inflation dans les pays importateurs.

Enfin, pour ce qui est des investissements directs étrangers de la Chine, ils stagnent depuis le début de la pandémie, confirme Alicia Garcia-Herrero. Ce sont les pays émergents qui risquent d'en souffrir le plus, dans la mesure où la Chine est souvent leur plus important financier.

On voit bien que ça ralentit, et ça ne date pas de cette année, remarque Philippe Aguignier. Ça fait déjà un an ou deux. Or, ces pays-là ont besoin de ces flux.»

Un nouveau moteur

Même si la situation semble sombre, l’économie chinoise pourrait nous surprendre, selon Marc-Antoine Dumont. La Chine nous a démontré dans le passé qu'elle est capable de rebondir en force», affirme-t-il.

Si la pandémie est maîtrisée et que les restrictions intérieures sont totalement levées, la croissance annuelle pourrait être supérieure aux prévisions, soutient d’ailleurs la Banque mondiale dans sa plus récente mise à jour sur la Chine.

Il est cependant certain que la croissance mondiale ne peut plus dépendre de la Chine, note Alicia Garcia-Herrero. Nous devons chercher de nouveaux moteurs de croissance», soutient-elle, citant l'exemple de l’Inde.

Dans ce contexte, la Chine peut-elle toujours aspirer à devenir la première puissance mondiale?

Si le différentiel de croissance se maintient, l’économie chinoise va finir par dépasser l’économie américaine», observe Mme Garcia-Herrero. Même si la croissance chinoise n’est plus aussi forte que par le passé, elle est tout de même plus vigoureuse que la croissance américaine.

Cependant, la Chine ne sera jamais beaucoup plus puissante que les États-Unis, est d'avis la chercheuse. Vers 2030, on s'attend à ce que la croissance des deux économies soit semblable.

La Chine a toutefois un avantage: la région où elle exerce son influence, l’Asie du Sud-Est, est beaucoup plus dynamique et sa croissance est plus forte que celle où les États-Unis sont l'acteur dominant.



Source: MSN / Radio-Canada



-- -- -
Claude Gélinas, Éditeur
chaudiere.ca

Blogues: Montréal | Québec | Lévis | Emploi | Éducation | Placements | Transports
Dons: PayPal | DonorBox Web: Achetez vos noms de domaines au plus bas prix...
Répondre