L’anneau symbole de Montréal sera importé des États-Unis

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9 mai 2022


L’œuvre aurait pu être fabriquée ici et profiter de notre savoir-faire québécois


L’anneau géant d’Ivanhoé Cambridge, appelé à devenir l’un des symboles phares de la métropole, aura été fabriqué en bonne partie non pas au Québec, mais aux États-Unis, a appris Le Journal.

De fait, en réponse à nos questions, la filiale immobilière de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a admis que, bien qu’imaginée au Québec, la structure d’acier dont est composé l’essentiel de la pièce proposée par l’architecte Claude Cormier a été transformée en territoire américain.

Pour mémoire, cette structure en forme d’anneau, de 30 mètres (90 pieds) de diamètre et d’une masse de 23 tonnes (50 000 livres), sera suspendue au-dessus de l’entrée de l’esplanade de la Place Ville Marie, à Montréal, cet été.

Cette œuvre a été commandée sans appel d’offres à Claude Cormier + Associés pour un montant de 5 M$. Près de 40 % de cette somme provient des ministères du Tourisme (MTQ) et de l’Économie (MEI) du Québec. Son installation aérienne – une opération qu’on dit complexe – doit être complétée en septembre.

Il y a deux semaines, Ivanhoé précisait que l’anneau était « fabriqué » par Marmen de Trois-Rivières. Or, il se trouve que l’acier utilisé provient des États-Unis et que les travaux de fabrication, de moulage et de cintrage des tubes qui forment l’anneau ont été réalisés dans au moins deux États américains avant d’être envoyés à Trois-Rivières pour l’assemblage final.

New Jersey et Minnesota

Le Journal a obtenu en effet la confirmation que les tubes d’acier servant de matières premières à l’œuvre en devenir ont d’abord été fabriqués par Swepco Tube, une société du New Jersey située à une trentaine de kilomètres de New York.

Ivanhoé nous a aussi confirmé que les tubes prirent ensuite la route du Minnesota, un voyage de plus de 2000 km. C’est de là, dans la ville de Duluth, à l’extrémité ouest du lac Supérieur, que BendTec s’est chargée du cintrage des tubes pour leur donner la forme arrondie requise pour la formation d’un anneau.

Mais pourquoi s’être ainsi approvisionné aux États-Unis plutôt qu’au Québec? La question a semblé embêter, tant l’équipe d’Ivanhoé que la firme d’architecture.

«Il n’y avait pas de tubes en acier inoxydable fabriqués au Québec qui correspondaient aux dimensions dont nous avions besoin, ni aucune compagnie au Québec capable de cintrer un tube d’acier de 30 pouces de diamètre», nous a répondu, après vérification, la porte-parole d’Ivanhoé, Gabrielle Meloche.

Vraiment? En tout cas, plusieurs acteurs de l’industrie à qui nous avons parlé se sont montrés à la fois sceptiques et surpris d’une telle explication. C’est le cas, entre autres, de Jean Labadie, président de Show Canada, une entreprise lavalloise spécialisée dans la fabrication de structures artistiques de grandes dimensions.

Broadway, le Cirque du Soleil et les villes hôtesses des Jeux olympiques ont régulièrement recours à ses services pour concevoir des pièces architecturales plus grandes que nature.

«Aurions-nous pu faire cet anneau ici? Certainement. Notre usine est capable de prendre de très grandes capacités d’acier. Et le diamètre dont il est question ne nous cause aucun problème. Des tubes de 30 pouces, on peut faire ça facilement. Nul besoin de les acheter ailleurs.»

Expertise reconnue

Le PDG du Groupe Mundial, spécialisé dans la transformation du métal, est surpris par la situation lui aussi. Il fut un temps, dit-il, où plus de 50 % des structures d’acier utilisées au Canada venaient du Québec.

«On a les entreprises, le personnel expérimenté et même le taux de change à notre avantage, affirme Louis Veilleux. Je ne vois pas ce qui aurait empêché de trouver ici l’expertise nécessaire à la réalisation d’un tel projet sans aller aux États-Unis.»


L’INDUSTRIE DE L’ALUMINIUM NE LE DIGÈRE PAS

Que l’anneau géant qu’Ivanhoé Cambridge s’apprête à installer à la Place Ville Marie (PVM) soit fabriqué en acier relève de l’aberration pour l’industrie québécoise de l’aluminium qui n’est pas près de l’oublier.

«Je ne comprends rien à cette décision, confie encore en colère au bout du fil, le président de l’Association de l’aluminium du Canada. Je comprends l’œuvre et le concept. Mais quand j’ai réalisé que tout cela serait fait d’acier, je suis tombé de ma chaise, dit Jean Simard. Ça ne se peut juste pas.»

Le mauvais matériau

L’œuvre de 5 M$, signée Claude Cormier + Associés, apparaîtra au-dessus de l’entrée de l’esplanade de la PVM en septembre à l’occasion de son 60e anniversaire. La structure a été commandée sans appel d’offres et payée par la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, avec la participation du gouvernement du Québec.

«Je trouve que c’est une belle signature, mais qui vraiment a été fabriquée avec le mauvais matériau. Malheureusement, lorsqu’on l’a appris par les journaux en même temps que tout le monde, il était trop tard pour intervenir», dit celui qui représente l’industrie depuis 13 ans.

«Pourquoi ne pas avoir choisi de l’aluminium plutôt que de l’acier des États-Unis?» demande-t-il. Ce choix aurait été d’autant plus justifié, dit-il, qu’au contraire de l’acier, l’aluminium du Québec est reconnu à travers le monde et qu’il aurait été tout désigné pour alléger le poids de la structure (50 000 lb) sur les édifices qui le supporteront.

Empreinte carbone plus faible

Il ajoute par ailleurs que la PVM est reconnue comme un modèle d’intégration de l’aluminium dans l’architecture et une démonstration de sa longévité. De plus, souligne-t-il, le siège social d’Alcoa s’y trouve et le siège mondial de Rio Tinto Aluminium est établi à Montréal.

Enfin, ce dernier rappelle que l’aluminium du Québec a l’empreinte carbone la plus faible de la planète, une raison de plus qui aurait pu justifier de choisir de le mettre en vitrine.

«Au lieu de cela, poursuit M. Simard, tout en se targuant de viser une empreinte carbone zéro, Ivanhoé Cambridge choisit de mettre des millions $ dans une œuvre d’acier, avec une empreinte carbone qui ne fait pas de sens. C’est à n’y rien comprendre.»



Source: Journal de Montréal



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Claude Gélinas, Éditeur
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