Ottawa se donne 10 ans pour éliminer sa dépendance aux États-Unis en matière de défense

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cgelinas
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15 février 2026


Avec sa nouvelle stratégie industrielle de défense, Ottawa souhaite se défaire de sa dépendance au matériel américain et porter à 70 % la part des acquisitions de matériel canadien d’ici 10 ans, ce qui permettrait de créer 125 000 emplois.

Actuellement, environ 75 % des acquisitions du Canada en matière de défense proviennent des États-Unis.

Le gouvernement fédéral devait présenter sa nouvelle stratégie de la défense cette semaine, mais la présentation a été repoussée à mardi [le 10 février 2026] à cause de la fusillade à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.

Le développement du secteur de la défense offre la possibilité au Canada d’investir dans des industries menacées par les tarifs imposés par l’administration Trump, par exemple l’acier et l’aluminium, explique le rapport de la stratégie nationale dont Radio-Canada a obtenu copie.

Cette stratégie de 6,6 milliards $ permettra de créer 125 000 nouveaux emplois au profit de l’économie canadienne. En ce moment, le secteur de la défense génère 81 000 emplois, peut-on lire dans ce rapport.


Le budget du gouvernement Carney de 2025 prévoyait des investissements de 82 milliards $ sur cinq ans dans le secteur de la défense afin de rebâtir les Forces armées canadiennes (FAC) et de respecter l'engagement envers l’OTAN de consacrer 5 % du PIB national à la défense d’ici 2035.


Voici les autres faits saillants de la stratégie :

  • augmenter de 85 % les investissements du gouvernement dans la recherche et le développement liés à la défense;
  • augmenter de plus de 240 % les recettes totales de l’industrie canadienne;
  • accroître les revenus pour les PME canadiennes de plus de 5,1 milliards $ par année;
  • augmenter de 50 % les exportations en matière de défense du Canada.

Pour y arriver, Ottawa vient de créer l’Agence de l’investissement pour la défense, un guichet unique qui vise à accélérer l’échéancier des approvisionnements en matière de défense, à attirer les investissements et à renforcer la base industrielle au pays. Le gouvernement veut en faire une entité autonome en déposant un projet de loi au printemps 2026.

La nouvelle agence adoptera la politique suivante : construire, collaborer, acheter. Cela signifie que les nouveaux approvisionnements en matière de défense seront généralement attribués à des entreprises canadiennes. Si ce n’est pas possible, la collaboration sera envisagée en se concentrant d’abord sur les partenaires de l’Europe, du Royaume-Uni et de l’Indo-Pacifique.

Dimanche, le Canada a officiellement adhéré au programme européen d'approvisionnement en matière de défense (le programme SAFE). Le Canada est le premier pays non européen à participer au programme.

Ces investissements massifs sont notamment motivés par la montée de nouvelles puissances, par le protectionnisme croissant ainsi que par l’évolution de la dynamique dans les relations internationales, précise le gouvernement fédéral dans son rapport.

Le premier ministre Mark Carney avait déjà annoncé un changement de paradigme sur la scène internationale en déclarant ceci lors de son discours à Davos en janvier dernier : Soyons clairs : nous sommes en pleine rupture et non en pleine transition.

Les bottines suivront-elles les babines?

C'est une stratégie très ambitieuse, lance Justin Massie, professeur de sciences politiques à l'UQAM et expert en défense. Il précise que le modèle actuel est surtout de fournir aux Forces armées canadiennes de l'équipement militaire américain, parce qu'on n’investit pas suffisamment dans le développement, la recherche, l'innovation et la production d'armes au Canada.

Tant qu'à dépenser des centaines de milliards de dollars au cours des 10 prochaines années, on veut que cet argent-là aille le plus possible [non seulement] à développer des emplois au Canada mais aussi à développer du savoir-faire militaire.

Selon M. Massie, pour remplir les objectifs de production canadienne, il faudra vraisemblablement inclure les entreprises étrangères qui ont des usines au Canada. Par ailleurs, il faudra investir en amont en recherche et développement pendant plusieurs années avant de pouvoir doter l'armée canadienne d'équipement fait chez nous.

Construire une filière aussi complexe, ça prend un chef d'orchestre, résume Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il croit qu'atteindre l'objectif de 70 % d'achats canadiens est extrêmement ambitieux, surtout dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre, mais aussi d'énergie et d'espaces industriels.

Pour Stéphane Roussel, professeur à l’ENAP, cette stratégie a du sens non seulement dans le contexte géopolitique actuel mais aussi pour ne pas être accusés par les États-Unis de ne pas en faire assez pour défendre le territoire.

M. Roussel mentionne aussi que pour être efficace à moyen et à long terme, cette stratégie passe inévitablement par une hausse des exportations, le marché canadien étant trop petit.

Il faudra aussi qu’une politique de ressources humaines soit mise en place, à la fois du côté de la production industrielle pour combler la pénurie de main-d’œuvre et du côté des Forces armées, qui ont du mal à recruter, selon lui.



Source: MSN / Radio-Canada



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