La dette numérique des gouvernements inquiète

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cgelinas
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17 mai 2023


Neuf organisations gouvernementales sur dix au Canada ont déjà amorcé ou comptent amorcer bientôt leur transformation numérique. L’objectif : prioriser des services numériques prisés des contribuables.

Le risque: recréer la débâcle du site SAAQClic et ajouter à la dette numérique publique canadienne.

« Peu importe comment on le tourne, les gouvernements sont à un point de non-retour », affirme Patrick Drolet, directeur de l’exploitation de la société Portage CyberTech, de Gatineau. « De nouvelles solutions en ligne sont offertes et s’ajoutent à une dette technologique déjà énorme. En plus, quand les gouvernements adoptent de nouvelles solutions propriétaires, leur dette s’agrandit. »

Portage CyberTech est une société spécialisée en services de cybersécurité pour organismes publics qui vient de recevoir 8 millions en prêt du gouvernement du Québec pour assurer sa croissance. Une partie de sa clientèle se trouve au sein de l’appareil gouvernemental canadien.

La « dette numérique », ou « dette technologique », augmente au sein d’une organisation lorsque des logiciels ou des technologies s’ajoutent à des solutions que l’on doit continuer de prendre en charge, malgré leur désuétude. Par exemple, lorsque le gouvernement du Québec remplacera l’outil d’authentification ClicSequr par un nouvel outil, il existera une période de transition pendant laquelle les deux systèmes cohabiteront.

Quand plusieurs systèmes concurrents coexistent, il faut continuer de tous les entretenir, ce qui nécessite l’ajout de ressources humaines, financières et technologiques. Le résultat est qu’au lieu de le rendre plus performant et plus abordable, cette dette alourdit toujours un peu plus le système.

« Il y a une accélération de la transformation numérique au sein des gouvernements. Il faut l’aborder de façon responsable. Déjà, respecter les lois et les normes actuelles et à venir, ça hausserait la barre », dit Patrick Drolet.

Des ressources très rares

L’aspect humain de cette dette fait particulièrement tiquer Patrick Drolet. Il est difficile — depuis bien avant la pandémie — de trouver et d’embaucher des gens spécialisés dans les technologies, capables de gérer et d’assurer la sécurité des systèmes déjà existants au sein des organismes publics, dit-il. Sans parler des nouveaux systèmes qui vont bientôt les remplacer.

« Les nouvelles ressources ne sont pas ajoutées à une vitesse suffisante pour satisfaire tous les nouveaux projets numériques qui sont lancés », ajoute M. Drolet. « Il faut s’assurer de faire des transformations numériques durables — regarder plus sérieusement comment aller chercher ceux qui vont assurer une gouvernance responsable — et que ce soit plus que des mots », notamment en matière de respect des lois et de la vie privée.

Un moyen d’éviter un éventuel dérapage est de tenir compte dès maintenant de l’ajout de contraintes liées à la gestion des renseignements personnels et des données numériques imposées par la loi provinciale et fédérale. Au Québec, la loi 25 impose des exigences relatives aux données personnelles qui obligent les entreprises à aviser la Commission d’accès à l’information (CAI) du Québec au moins 60 jours avant la création d’une base de données biométriques (empreintes digitales, etc.).

Le projet de loi fédéral sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques ajoutera ses propres exigences s’il vient à être adopté.

L’avantage des services en ligne est qu’ils sont accessibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, partout sur le territoire. En principe, ils bénéficieront davantage aux gens vivant dans des localités plus éloignées des comptoirs gouvernementaux. Une fois ces services activés, ces comptoirs pourraient voir leur propre offre de services réduite.

Cette stratégie est susceptible d’être adoptée par plusieurs organismes gouvernementaux. Un sondage publié plus tôt ce printemps par le cabinet IDC indique que le tiers des agences du secteur public au pays comptent devenir des agences « numériques d’abord ». C’est un moyen de réduire leurs coûts de fonctionnement.

S’il fallait que ces sites tombent en panne ou soient victimes d’une faille de sécurité, les services publics seraient encore moins accessibles. Là encore, le risque n’est pas nul que des événements comme celui survenu au lancement du site SAAQClic se reproduisent. Le site devait accélérer le renouvellement de documents liés à l’immatriculation et à la conduite d’un véhicule, mais un processus d’inscription laborieux et une demande plus grande que prévu ont paralysé la plateforme pendant des jours, la rendant essentiellement inopérante pour bien des utilisateurs.

Or, toujours selon IDC, 93 % des employés d’agences publiques interrogés s’inquiètent non seulement qu’une telle panne survienne au sein de leur organisme, mais aussi de ne pas avoir les moyens d’y faire face.

Sans surprise, selon ces mêmes répondants, assurer la sécurité des systèmes informatiques sans ajouter à cette fameuse dette numérique est en tête de liste des choses à considérer au moment d’amorcer la transformation numérique des services publics.



Source: MSN / Le Devoir



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Claude Gélinas, Éditeur
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