Le système de crédit social chinois pour les entreprises

Répondre
Avatar du membre
cgelinas
Administrateur
Messages : 10064
Enregistré le : 25 mai 2010, 22:07
Localisation : Lévis, QC
Contact :

Presque tout le monde a entendu parler de l'infâme système de crédit social chinois et voilà que pour "préparer les entreprises canadiennes qui veulent faire des affaires, en Chine", le gouvernement du Canada explique en fins détails comment adhérer à celui-ci.

Si à Rome il faut faire comme les Romains, pourquoi en serait-il autrement en Chine?

Tout simplement parce que ce système de crédit social contribue à une forme d'oppression inédite contre le peuple chinois et la dernière chose qu'un Occidental veut, c'est de NORMALISER cette pratique machiavélique.

Les Chinois deviennent des numéro contrôlés, des marchandises sur deux pattes et plus spécifiquement des "ressources humaines" aux côtés des "ressources matérielles" qui sont affublées d'un code, elles aussi, afin d'être contrôlées, tout au long de leur "vie".

Le fait que le Canada trouve correct de recommander aux entreprises canadiennes voulant commercer en Chine de jouer le jeu du crédit social devrait faire l'objet d'un débat, ici car ce genre d'oppression numérique moderne revient à enchaîner les gens dans une matrice de surveillance dans laquelle aucun écart ne reste impuni.

Favoriser la bonne marche de ce système fondamentalement inhumain ne correspond à aucune valeur canadienne. Aucune.

Bien que le gouvernement du Canada donne des recommandations sur un grand nombre de sujets, celui-ci est sensible, tant par son impact sur les Chinois, eux-mêmes que par le message qu'envoie le Canada au monde en tendant à normaliser ce genre de surveillance.

Pour bien comprendre ce qu'est le crédit social chinois, le mieux est encore de lire, purement et simplement, les explications du gouvernement du Canada, ci-après.


--


https://www.deleguescommerciaux.gc.ca/t ... x?lang=fra


--


Le système de crédit social chinois pour les entreprises :

Préparez votre entreprise



La Chine a développé le système de crédit social pour les entreprises (SCSE) afin d’assurer la conformité des entreprises et améliorer le comportement des compagnies faisant affaires en Chine. Le SCSE fait partie du plan de la République populaire de Chine d’établir un système de réputation unifié et standardisé pour les compagnies locales et étrangères.

Le système touche à tous les aspects des affaires d’une entreprise qui opère en Chine. Il évalue la performance et la conduite des entreprises en analysant plusieurs composantes (par exemple : les taxes, les droits de douane et la protection de l’environnement) ainsi que les registres de la conformité (par exemple : sur les affaires anti-monopole, les transferts de données, les prix et les autorisations). Le système automatisé amasse, traite et évalue l’information selon des exigences spécifiques. Selon leur évaluation, les autorités chinoises récompenseront les « bons » comportements et réprimanderont les « mauvais » comportements.

Le système est déjà en place. Il est censé être complètement fonctionnel avant la fin de 2020.


-


Comment le SCSE affectera-t-il les entreprises

Toutes les compagnies devraient s’attendre à ce que toutes leurs activités et leurs opérations en Chine soient suivies et enregistrées à travers le SCSE. Les entreprises seront soumises à un examen approfondi de leurs opérations une fois que le système sera complètement mis en place.



Pénalités pour un pointage de crédit faible

Les compagnies recevront un pointage de crédit social faible si elles ne se conforment pas aux règles chinoises. En conséquence, la Chine les considèrera comme ayant un « mauvais comportement ».

Ces compagnies pourraient faire face à des sanctions qui, tout dépendant de leur pointage de crédit, pourraient inclure :
  • des frais de pénalité
  • des taux d’inspection plus élevés
  • des vérifications ciblées
  • des approbations gouvernementales restreintes
  • l’exclusion de certaines mesures préférentielles
  • des restrictions quant aux marchés publics
  • des dénonciations publiques
  • dans des situations extrêmes, les compagnies pourraient se voir mettre sur une liste des indésirables


Récompenses pour la conformité

Les compagnies recevront un pointage de crédit social pour les entreprises élevé si elles sont considérées comme se conformant aux règles chinoises.

Les « bons comportements » peuvent notamment entrainer :
  • de plus bas taux d’imposition
  • de bonnes conditions de crédits
  • un accès plus facile au marché et aux opportunités des marchés publics
  • un dédouanement plus simple aux frontières chinoises


Défis liés à la conformité

Se conformer aux exigences du système de réglementation sera difficile pour les compagnies. Cela est principalement dû à la rigueur, l’exhaustivité, la complexité et l’interdépendance des évaluations. La nature auto-exécutoire du SCSE créera aussi des difficultés stratégiques. Par exemple, le système responsabilise les entreprises face au comportement des partenaires commerciaux tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Ceci pourrait créer des difficultés particulières pour les PME qui n’ont pas nécessairement les ressources internes afin d’assurer leur conformité.

En principe, le SCSE doit traiter toute entité juridique en Chine de manière identique. L’absence de participation humaine dans le processus devrait réduire le risque d’évaluations subjectives. Toutefois, le système pourrait tout de même être utilisé de façon discriminatoire. Ainsi, le même système d’évaluation est appliqué aux entreprises locales et étrangères. Cependant, les divergences entre les standards locaux et internationaux pourraient présenter des difficultés additionnelles pour ces dernières. Ceci pourrait se révéler particulièrement vrai pour les compagnies nouvellement arrivées sur le marché chinois.



Comment se préparer

Même si le système est déjà essentiellement opérationnel, il n’est pas trop tard pour que les entreprises se préparent. Afin de se préparer à l’implémentation complète du SCSE, les compagnies qui opèrent déjà, ou qui veulent mener des opérations en Chine, devraient mettre en place des préparatifs afin d’atténuer les risques liés au système.

Les entreprises devraient :
  • comprendre les exigences auxquelles le système s’attend d’elles 
  • évaluer où elles se situent par rapport aux exigences 
  • identifier les lacunes
  • effectuer les ajustements nécessaires
Les entreprises devraient aussi maintenir une communication ouverte avec les autorités du gouvernement chinois central ainsi que les autorités locales. Soulevez les questions et problèmes liés au SCSE. Discutez des exigences du SCSE liées aux différentes régions chinoises où la compagnie opère.

Il est recommandé d’avoir des experts locaux en conformité dans les régions en Chine où l’entreprise a des opérations. Ceci permettra à l’entreprise de demeurer informée et de respecter les exigences locales en temps réel. Les experts de la conformité pourraient également exploiter leurs relations préexistantes avec les autorités chinoises afin de faciliter les échanges d’information avec le gouvernement central et les autorités locales.



Le Canada offre plus d'informations dans son Portail des PME canadiennes, en Chine:

https://www.deleguescommerciaux.gc.ca/t ... x?lang=fra



-- -- --
Claude Gélinas, Éditeur
chaudiere.ca

Blogues: Montréal | Lévis | Emploi | Succès
Dons: PayPal | DonorBox Shopping: Amazon via mon lien d'affilié, pour m'encourager...
Avatar du membre
cgelinas
Administrateur
Messages : 10064
Enregistré le : 25 mai 2010, 22:07
Localisation : Lévis, QC
Contact :

Le plan original du crédit social, en Chine, en 2014, allait dans le sens de mettre en place un outil pour en arriver à un "meilleur niveau de confiance, entre les gens, socialement" mais au fil des années, ce système de contrôle donne l'impression d'être sorti tout d'un épisode de la série britannique de fiction "Black Mirror".

Alors, le crédit social chinois, c'est une bonne chose, ou non?

Pour un Occidental, c'est juste trop. Même pour un adulte qui doit présenter des bulletins scolaires enviables pour espérer décrocher les meilleurs emplois dans son domaine ou alors, pour obtenir un taux hypothécaire le plus bas possible en raison d'une côte de crédit élevée, ce genre de système qui ajoute le volet "social" au principe du "niveau de confiance" (traduit par le mot "crédit", en anglais) et bien, ça va trop loin.

Pour des Chinois qui vivent avec ce système, ça semble beaucoup mieux accepté. Du moins, c'est ce que plusieurs disent.

Dans les faits, certains Chinois ont perçu le nouveau système de crédit social (SCSC) comme un projet national visant à renforcer la moralité publique en luttant contre la fraude et la criminalité et en combattant ce qui est actuellement perçu comme une crise de confiance à l'échelle nationale.

https://theconversation.com/hundreds-of ... tem-127467

Alors pour eux, par exemple, c'est une façon de trouver rapidement une gardienne qui ne fera pas de mal à leur enfants. Vu sous cet angle, le crédit social semble utile.

D'ailleurs, la vision "Big Brother" du SCSC serait due, selon certains, à une mauvaise compréhension de la culture chinoise et de son cadre juridique.

https://www.wired.com/story/china-socia ... re-system/

En fait, la Chine a connu un nombre croissant de cas de fraude et d'escroqueries, ainsi que de scandales majeurs dans les secteurs de la sécurité alimentaire et pharmaceutique. Il existe donc une sorte de consensus, largement répandu, sur le fait que la punition pour ces infractions n'est pas suffisante pour dissuader la récidive. Les gens commettant des crimes dans une province et créent une entreprise dans une autre le lendemain avec peu de conséquences. Certains pensent que le système de crédit social y remédiera grâce au système de liste noire.

Les "scores" chinois auraient donc plus à voir avec la moralité que la simple finance, comme ici, en Occident.

Que ces exemple soient totalement vrais ou non (parce que je n'ai pas été vérifié, en Chine), elles reflètent fidèlement une croyance communément admise [en Chine] que le problème a été créé par l'individualisme et la modernité en Chine et que l'Occident a géré la transition vers la modernité plus efficacement. La transition de la Chine d’une société agri-collectiviste (où les gens savaient toujours à qui ils avaient affaire) à une société moderne caractérisée par la dépendance à l’égard d’étrangers est en cours, et les gens pensent que cette transition nécessite des conseils.

Vous voyez à quel point on s'éloigne de "Black Mirror"? Mais ne croyez pas qu'on est si loin, malgré tout puisque même si à l'origine il y avait plusieurs fournisseurs (dont Alibaba, avec son affilié Ant Financial) pour des systèmes de crédit social et qu'encore aujourd'hui, l'adhésion du grand public demeure volontaire, le potentiel d'abus d'un tel système s'avère à la fois gigantesque et terrifiant.

Ceux qui ont été ajoutés aux listes noires et rouges en savent quelque chose.

Les personnes figurant sur la "liste noire" ne peuvent pas acheter des billets d'avion ou de train, par exemple, ou alors travailler comme fonctionnaires (des emplois recherchés) ou même, dans certaines industries.

Les listes rouges, elles, sont exactement le contraire: ce sont des listes d’entreprises et de personnes particulièrement conformes.

Ces archives ont été rendues publiques sur un site web centralisé, appelé "China Credit", où tout le monde peut les rechercher. Pensez au Better Business Bureau ou aux notes attribuées aux restaurants (par Yelp, par exemple).

https://www.creditchina.gov.cn/

http://english.www.gov.cn/news/top_news ... 495270.htm

Ce site web est le fruit d’une collaboration multidépartementale, comprenant l’Administration nationale des impôts, la Cour populaire suprême, la Commission nationale de développement et de réforme (NDRC) et la Commission chinoise de réglementation des valeurs mobilières.

Concrètement, ce site web est géré par le Centre d’information de l’État, un groupe de réflexion gouvernemental dirigé par la NDRC, le principal planificateur économique de la Chine.

Je ne sais pas pourquoi je pense à Éric Caire et son projet d'identité numérique du Québec qui va authentifier les Québécois depuis son système centralisé mais bon, on parle (encore) de deux choses différentes, à moins qu'il ne s'agissent de deux sentiers menant au même chemin principal. Pour l'heure, on imagine qu'il s'agit de deux systèmes totalement différents (et ils le sont, sauf pour moi qui ai l'imagination fertile, l'espace d'un instant).

Enfin bref, si l'on prend en compte le point de vue des Chinois qui sont passés de la campagne à la ville en quelques décennies, un système qui favorise la confiance pourrait avoir sa place mais voilà, en lisant ce que le gouvernement du Canada a préparé comme conseils pour les entreprises canadiennes qui veulent faire des affaires en Chine:

https://www.deleguescommerciaux.gc.ca/t ... x?lang=fra

On comprend que ça peut devenir lourd, coûteux et carrément dangereux de s'éloigner du score parfait.

https://forum.chaudiere.ca/viewtopic.php?f=2&t=1784

Des frais de pénalité, des taux d’inspection plus élevés, des vérifications ciblées et même des dénonciations publiques attendent les entreprises canadiennes qui ne se conformeraient pas, parfaitement, aux règlements chinois.

Le Service des délégués commerciaux (SDC) du Canada qui ont préparé ces informations à l'intention des entreprises canadiennes qui veulent faire des affaires en Chine présentent ces informations comme si c'était "normal" de s'y conformer, en Chine et même si c'est vrai, ce qui vient me chercher, c'est que le Canada est censé mettre de l'avant les valeurs Occidentales, pas s'agenouiller devant le nouveau système de surveillance passablement dystopien de la Chine.

Mais c'est justement là que Justin Trudeau a failli parce que nous n'avons eu AUCUN DÉBAT PUBLIC sur la position que les Canadiens veulent entretenir à l'égard de la Chine.

Autant les Canadiens peuvent comprendre que les Chinois veulent faire leurs expériences (même si elles sont imposées par un gouvernement communiste central), c'est leur affaire mais si les entreprises canadiennes doivent s'y conformer, elles aussi, ça signifie qu'il faut se distancier de nos réflexes occidentaux pour se conformer à ceux de la Chine.

À travers le système de crédit social pour les entreprises (SCSE) de la Chine, toutes les activités et les opérations de nos entreprises sont suivies et enregistrées.

Rien de moins.

Énorme différence avec le Canada où il peut y avoir des audits mais pas une surveillance aussi étouffante.

Et ce n'est pas tout puisque les entreprises seront soumises à un examen approfondi de leurs opérations une fois que le système sera complètement mis en place.

N'y aura-t-il pas eu-là une occasion en or pour Justin Trudeau d'exiger une exception pour les entreprises canadiennes? Probablement mais encore là, il aurait fallu que les Canadiens décident de l'attitude à adopter devant l'arrivée du SCSC et du SCSE chinois. Ce qui n'a pas été fait et on ne sent aucune volonté du côté de l'équipe libérale fédérale à conduire ce genre d'exercice pourtant démocratique... justement aux antipodes du système communiste chinois qui peut imposer ce qu'il veut, sans réelle crainte de contestation.

--

Autant c'est le volet "moral" qui semble trouver une emprise pour le SCSC en Chine, autant c'est la soumission immédiate de nos propres valeurs occidentales, à la face de système qui affecte aussi nos entreprises qui font des affaires en Chine qui m'indispose, grandement.

Car si nous acceptons le SCSE pour nos entreprises qui conduisent des affaires en Chine, ça envoie le message que le peuple canadien est d'accord... puisqu'il s'y conforme, parfaitement. Au point d'avoir des instructions provenant du gouvernement du Canada pour se conformer au système chinois.

Au fond, peut-être que les Canadiens peuvent comprendre qu'il y a des obligations chinoise à faire des affaires en Chine mais de là à devoir tout accepter en bloc? Ça me semble trop et ça nous force à délaisser notre occidentalité, pour commercer en Chine.

--

En ce moment, la Chine continue d'expérimenter, surtout dans les grandes villes.

Par exemple, certains gouvernements locaux demandent aux entreprises de médias sociaux d'aider à orchestrer des initiatives d'humiliation publique. Dans la ville méridionale de Nanning, l'application de médias sociaux Douyin (la version chinoise de TikTok) s'est associée au tribunal local pour diffuser des photos de personnes inscrites sur la liste noire "entre les vidéos", en montrant une photo numérique. Dans la ville de Shijiazhuang, dans le nord du pays, les personnes et entités figurant sur la liste noire sont affichées sur une carte dans l'application de messagerie WeChat.

Ce n'est pas tellement difficile d'imaginer où ce système pourrait mener et le fait que le Canada "joue le jeu" pour accéder sans heurts au marché chinois envoie un message bien complaisant au Parti communiste chinois qui doit apprécier la "docilité" canadienne.

En même temps, la Chine tente de rassurer tout le monde que ce qu'elle fait va dans le sens du meilleur intérêt de sa population et dans une certaine mesure, c'est peut-être le cas mais si les Occidentaux ont une vision diamétralement opposée à cette approche de surveillance "en continu", une espèce d'approche de "laisser vivre", il faudrait, à mon sens, qu'on soit capable d'exister et de faire des affaires selon ces paramètres, nous aussi, incluant en Chine, quitte à avoir un "cadre particulier".

Là, on voit que Justin Trudeau a carrément "tout donné" à la Chine et on se retrouve avec des fonctionnaires qui expliquent aux entreprises d'ici comment elles doivent opérer, là-bas.

C'est un peu là où on en est et je voulais savoir ce que vous en pensez.

Est-ce que c'est bien comme ça, avec la docilité pro-Chinoise exemplaire où on devrait défendre nos valeurs Occidentales, incluant lorsqu'on fait des affaires, en Chine?

--

Si vous croyez que mon travail est important:

https://donorbox.org/claude-gelinas




Source: Ma publication, dans Facebook




-- -- --
Fichiers joints
systeme-de-credit-social-en-chine.jpg
systeme-de-credit-social-en-chine.jpg (285.93 Kio) Vu 2259 fois
li-keqiang-du-conseil-d-etat-chinois.jpg
li-keqiang-du-conseil-d-etat-chinois.jpg (70.31 Kio) Vu 2259 fois
credit-social-chinois-presente-par-le-canada.jpg
credit-social-chinois-presente-par-le-canada.jpg (242 Kio) Vu 2259 fois
Claude Gélinas, Éditeur
chaudiere.ca

Blogues: Montréal | Lévis | Emploi | Succès
Dons: PayPal | DonorBox Shopping: Amazon via mon lien d'affilié, pour m'encourager...
Répondre