Le ministre de l'Agriculture demande une enquête sur le congédiement du lanceur d'alerte

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Le ministre de l'Agriculture demande une enquête sur le congédiement du lanceur d'alerte

Message par cgelinas » 04 février 2019, 16:27

Le ministre de l'Agriculture André Lamontagne demande lundi à la Protectrice du citoyen d'ouvrir une enquête sur le congédiement du lanceur d'alerte Louis Robert. Elle devra notamment déterminer si le ministre lui-même a été impliqué ou non dans son renvoi.

André Lamontage avait soutenu la semaine dernière qu'il avait « personnellement autorisé » le congédiement de l'agronome pour avoir informé les médias de l'influence des lobbys sur la recherche scientifique à propos des pesticides.

Or, en conférence de presse lundi, le ministre affirme plutôt s'être mal exprimé « dans le feu de l'action ».
J'admets aujourd'hui avoir fait une erreur en prenant sur mes épaules le poids de cette décision, qui est en réalité une décision administrative.

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
« Dans les faits, un ministre n'embauche pas et ne congédie pas de fonctionnaires, précise-t-il. Et je ne suis intervenu d'aucune façon. »

M. Lamontagne affirme reconnaître que ses propos ont créé un « remous important ». « C'est pourquoi j'ai demandé une enquête indépendante afin que la lumière soit faite sur l'ensemble du dossier », indique-t-il.
Je pourrais comprendre que la confiance du public envers la loi soit ébranlée, je peux comprendre ça.

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois avaient réclamé une enquête pour faire la lumière sur ce congédiement. Québec solidaire demande pour sa part la réintégration du fonctionnaire, qui avait 32 ans de service au ministère.

La Protectrice du citoyen a un pouvoir discrétionnaire quant aux enquêtes qu'elle accepte de mener. La loi ne la contraint pas non plus à dévoiler ce sur quoi elle enquête.

La fonction publique derrière l'agronome congédié
Un large pan de la fonction publique du Québec, des avocats de l'État jusqu'aux ingénieurs, se range derrière le lanceur d'alerte Louis Robert. Dans une lettre ouverte, une coalition de syndicats regrette qu'un ministre ait autorisé personnellement son renvoi.

Dans la lettre ouverte, intitulée « Quand le lanceur d'alerte devient la cible », on peut lire : « Nous, les syndicats représentant l’ensemble des travailleuses et des travailleurs de la fonction publique du Québec, sommes très préoccupés par ces événements. »

Les auteurs regrettent qu'« une chasse à l'homme » ait été lancée au ministère de l'Agriculture, plutôt que de se concentrer sur la problématique de l'indépendance de la recherche publique sur les pesticides.
L’ingérence du ministre Lamontagne dans le processus qui a mené au congédiement de M. Louis Robert est également hautement préoccupante.

Extrait de la lettre de la Coalition des syndicats de la fonction publique du Québec.
-- -- --

Les signataires représentent 73 000 employés de l'État québécois
  • Syndicat de la fonction publique du Québec (40 000 membres)
  • Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (25 600)
  • Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (2800)
  • Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (1500)
  • Les avocats et notaires de l'État québécois (1100)
  • Syndicat des professeurs de l'État du Québec (900)
  • Syndicat des agents de protection de la faune du Québec (400)
  • Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (325)
  • Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec (300)
  • Syndicat professionnel des médecins du gouvernement du Québec
  • Association des chirurgiens-dentistes du gouvernement du Québec
-- -- --

L'intervention du politique dans le processus de congédiement dérange au plus haut point les signataires.

« Ce sont généralement les gestionnaires qui infligent les sanctions disciplinaires lorsqu’ils les jugent nécessaires, écrivent les syndicats. Le fait que le pouvoir politique interfère directement [...] remet en question l’autorité des gestionnaires et des sous-ministres de son ministère. »
Est-ce que le ministre autorise personnellement toutes les mesures disciplinaires de son ministère? Et sinon, pourquoi ce cas en particulier? Est-ce que le ministre ou le parti avait un intérêt à travers tout ça?

Extrait de la lettre ouverte de la Coalition syndicale.
Les syndicats regrettent que la loi censée protéger les lanceurs d'alerte « a manifestement ses limites puisqu’elle ne permet pas d’ouvrir de débat public sur l’objet d’une dénonciation ».
Sans aucun doute, la santé et la sécurité alimentaire de Québécoises et des Québécois sont d’intérêts publics. [...] Tous les problèmes ne peuvent être réglés à l’intérieur de l’administration publique au cas par cas.

Extrait de la lettre ouverte de la Coalition des syndicats de la fonction publique.
Au lendemain de l'annonce du licenciement d'un lanceur d'alerte, le ministère de l'Agriculture avait révélé avoir mis en place des mesures pour améliorer la situation dans la recherche publique sur les pesticides, minée par l'ingérence du privé dans les études et par la fuite de ses chercheurs. Les révélations auraient donc été jugées suffisamment sérieuses.


Source: Radio-Canada
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Lettre au ministre Lamontagne

Message par cgelinas » 06 février 2019, 16:34

Note: Chose promise, chose faite. Je partage cette lettre que j’ai envoyée au ministre Lamontagne le premier jour de la crise. Depuis, on en a appris beaucoup plus, car l’affaire a pris d’énormes proportions et a levé le voile publiquement sur le problème de la mainmise qu’exercent les lobbies corporatifs sur les décisions du Ministère de l’Agriculture (et on pourrait ajouter, du Ministères de l’Environnement qui encadre aussi les pratiques agricoles), et sur la nécessité pour ces Ministères de retrouver leur indépendance et leur leadership. Quant au ministre Lamontagne, pour le moment, il a tout à prouver.

La source de cette publication est ici, dans Facebook.
Saint-Germain-de-Kamouraska, le 31 janvier 2019

Monsieur André Lamontagne, ministre, Ministère de l'Agricutlure, des Pêcheries et de l'Alimentation

Monsieur le ministre.

Puisque vous êtes nouveau en agriculture, vous ne me connaissez sans doute pas. Je suis originaire de Normandin. Cest moi, avec Maxime Laplante, qui ai fondé l'Union paysanne et qui en fut le premier président de 2001 à 2005. J'ai publié l'an dernier un ouvrage qui résume assez bien mon bilan de 40 ans d'implication en agriculture, puisque, en 1975, j'ai quitté mon métier de professeur et de journaliste à Montréal pour vivre à plein temps sur une ferme à Saint-Germain-de-Kamouraska, et cela jusqu'en 1995: ce livre a pour titre L'UPA, un monopole qui a fait son temps.

Je vous écris parce que je suis révolté d'apprendre le congédiement d'un des meilleurs agronomes de votre ministère -le seul que j'ai entendu expliquer aux agriculteurs la dégradation de nos sols et la nécessité de les régénérer- pour des raisons de contrôle d'informations sensibles tout autant pour le public que pour votre ministère. Comme première décision publique de votre part, je trouve que ce n'est pas rassurant du tout.

Les propos que vous avez tenu pour justifier le congédiement de Louis Robert sont une insulte pour les citoyens, qui ne sont plus dupes de ce type de justifications patronales qui ne justifient rien et ne disent rien, surtout pas la vérité. Et ne nous dites surtout pas qu'on ne sait pas tout. À moins d'avoir l'esprit tordu, tous ont compris que, dans le cas présent, il s'agit bel et bien de pesticides qui mettent en cause « la santé de l'environnement et la santé publique», que la personne congédiée est bel et bien un « lanceur d'alerte » et quels sont ceux qui avaient intérêt à ce que les faits en question restent cachés.

J'ai eu affaire depuis la fondation de l'Union paysanne à 10 ministres de l'Agriculture : Rémi Trudel, Maxime Arseneau, Françoise Gauthier, Yvon Vallières, Laurent Lessard (trois fois), Claude Béchard, Pierre Corbeil, François Gendron, Pierre Paradis : vous êtes le dixième. De tous ceux-là, un seul avait commencé à changer des choses, dans le sillon du rapport Pronovost : Claude Béchard. Malheureusement, il est décédé sans avoir eu le temps de compléter ce qu'il avait commencé, et son successeur, Laurent Lessard, s'est empressé de calmer la machine. Mais Claude Béchard avait un poids auprès du premier ministre Charest, dont il était le dauphin présumé.

En effet, l'agriculture n'étant pas un sujet « sexy », qui intéresse le grand public et les médias, elle n'est pas une priorité pour les gouvernements. Les ministres, souvent peu familiers avec l'agriculture, sont donc laissés à la merci des pressions de l'UPA, des lobbies de l'agroalimentaire et des hauts fonctionnaires du ministère. De plus, l'UPA, comme unique syndicat agricole accrédité, étant très puissante, et les agriculteurs étant généralement respectés par le monde, aucun premier ministre ne tient à une confrontation d'importance avec l'UPA : ce n'est pas rentable électoralement ni politiquement. Le seul ministre des temps modernes, historiquement, qui a su faire face à ces pressions, est sans doute Jean Garon, dans le sillon des grandes réformes du premier gouvernement Lévesque.

Jean Pronovost l'a répété jusqu'à sa mort récente, notre agriculture a besoin de réformes majeures si nous ne voulons pas qu'elle nous échappe complètement aux mains des grands intégrateurs et des grandes multinationales. Est-ce en congédiant vos meilleurs agronomes et en cachant les pressions qu'exercent les multinationales de l'agroalimentaire que vous comptez amorcer ces réformes difficiles? Votre prédécesseur Pierre Paradis a eu au moins l'honnêteté -ou la naïveté- de dire ouvertement : « Les Monsanto de ce monde sont bien plus puissants que le gouvernement ». Il n'a d'ailleurs pas survécu!

Si vous ne nous donnez pas rapidement des preuves que vous entendez résister courageusement aux lobbies de l'UPA et des grands de l'agroalimentaire afin d'assurer une reconversion de notre agriculture vers une agriculture diversifiée, écologique, de proximité, orientée en priorité vers les besoins des Québécois plutôt que vers les marchés intégrés internationaux, nous serons forcés de vous ajouter à la longue liste des ministres-fantôme énumérés plus haut et à vous combattre.

Les hôpitaux sont remplis de gens malades en raison de la contamination de l'environnement et de l'alimentation. Les fermes disparaissent à vue d'oeil (1500 fermes laitières en 10 ans, plus de la moitié en 25 ans), et celles qui restent deviennent des méga-entreprises commerciales qui n'obéissent qu'aux diktats des marchés internationaux, tandis que les jeunes paysans peinent à survivre parce que les politiques agricoles désuètes ne sont pas faites pour eux: notre agriculture n'est plus à notre service mais au service de grands actionnaires de multinationales. Et tout ce que vous avez trouvé pour inaugurer votre mandat, c'est de congédier un de vos agronomes les plus expérimentés et respectés, qui a été réduit à couler des documents pour dénoncer l'ingérence du lobby des pesticides dans les travaux d'un centre de recherches financé en grande partie par nous tous et supposément indépendant.

Pour ma part, j'attends de vous, sans tarder, un geste qui vienne corriger ce tir et ce message inacceptables.

Je suis à votre disposition,

Roméo Bouchard
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